/ Fausses nouvelles

Comment recevons nous l'information ?

L'extrait qui suit provient de mon mémoire de recherche sur l'impact des nouvelles technolgies sur l'information et la désinformation.

Une information individuelle ?

Le début du troisième millénaire marque la démocratisation d’internet et donc l’accès à une information individuelle puis personnalisée (voir sous-titre suivant). Pour parler familièrement, l’information individuelle est une information de masse saucissonnée et découpée en autant de rondelles que de personnes qui la consomment.

Ainsi, fondamentalement, l’information individuelle reste une information de masse. Mais le vécu côté récepteur change radicalement. Il reçoit cette information en tant qu’individu (et lui seul) et il le sait, même s’il comprend confusément que ce même message peut être adressé à d’autres personnes. La meilleure illustration reste celle d’un même email adressé à une infnité de destinataires.

Internet a ainsi magnifié l’information individuelle en procurant à chacun ce qu’il souhaite… en apparence seulement. Car il s’agit plus d’un vécu que d’une réalité objective. Comme évoqué précédemment, la qualité ou l’aspect novateur (souvent technique) d’un médium lui confère un prestige immédiat. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler un passé pas si lointain (les années ‘90s) où envoyer un message numérisé par fax suscitait un plaisir quasi hypnotique.

Le (faux) sentiment d'avoir une information personalisée

Les médias de masse peuvent se contenter de l’information de surface.
Aussi paradoxale que cela puisse paraître, les nouvelles technologies ont permis aux médias de masse de pouvoir être personnalisables sans pour autant adapter leurs contenus à chaque individu. L’apparition des flux RSS permet en effet à chacun de constituer son fux d’actualité personnalisé depuis la plupart des sites internet d’informations mais aussi avec des blogs, des forums. On retrouve ce fonctionnement sur les réseaux sociaux où chaque personne possède son mur Facebook, son fil Twitter affichant, du moins en théorie, des contenus sélectionnés par l’utilisateur lui même.

A l’instar du téléphone évoqué plus haut, le sentiment de contenu personnalisé vient du fait que nous soyons l’auteur de la sélection des sources d’informations.

Ce sentiment de contrôle est illusoire puisque nous allons faire notre choix de sources en fonction de notre connaissance des sources existantes, de notre environnement voire de nos amis pour les réseaux sociaux.
Les sources choisies sont en revanche bien différentes d’une personne à l’autre, ce qui confère ce caractère personnalisé et entretient notre illusion de personnalisation.

Chacun interprête l'information

Comme l’explique Denis Huisman dans son livre sur l’incommunication, il existe un consensus sur l’excès d’informations que nous recevons dans notre vie de tous les jours en raison de la multiplication des canaux d’informations, c’est ce que l’on appelle la “communication pléthorique” (Denis Huisman, 1985).
Nous passons d’un modèle dans lequel la communication est orale ou écrite avec un contexte défini (comme lorsque nous discutons en face à face avec quelqu’un par exemple) à un modèle avec des frontières floues qui nous détache de notre contexte environnant (une notification sur son téléphone sur un événement aux États-Unis par exemple).

Ce manque de connexion au réel, de contextualisation implique une utilisation plus grande de l’imagination du récepteur de l’information : “la part de l’imagination l’emporte sur la perception” (Denis Huiman,1985). Les nouvelles technologies : le téléphone, le web, font parties des médiums qui sont propices au syndrome du metteur en scène, nous interprétons les informations en fonction de nos connaissances, de notre façon de pensée, de nos préjugés etc....

Ce surplus d’information oblige aussi le récepteur à choisir ou non ce qu’il va retenir. L’information peut être reçue sans avoir d’impact immédiat et direct mais de façon plus diffuse sur la durée, voir sur la psychée du récepteur.

En parallèle de ces conséquences sur la quantité d’informations reçues, la compréhension par le récepteur du message comme l’entend l’émetteur n’est en aucun cas assuré.

La communication suppose la mobilisation d’un a priori commun aux interlocuteurs comme l’explique le sociologue Raymond Boudon.
Hors, dans un grand nombre de cas, ce pré-requis n’est pas atteint ce qui débouche sur ce que l’on appelle la non communication. Ce phénomène se retrouve dans l’interprétation des points de suspension où chaque personne peut compléter une phrase de façon différente.

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